LE NOUVEAU RICHE

 
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 Casa26

Casa26

 No time for time

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 Inventories

Inventories

 

CASA26 est une illustration du changement des pouvoirs:
MONEY, MONEY: Tout peut être acheté et tout a été acheté. L'architecture, chaque œuvre d'art et mobilier ont été assemblés pour créer une œuvre d'art, achetés à Zurich, Paris, Berlin ou Buenos Aires.
NOMADE: A côté de la Genève Internationale, propriétaire français, architecte suisse, constructeur autrichien.
SÉDUISANTE: Elle a fait la première page de nombreux magazines de design d'intérieur, dans le monde entier. Elle a été la coulisse de plusieurs publicités (p.ex. Vacheron Constantin pour son jubilé) et clips musicaux.
CRITIQUÉE: elle a été qualifiée de laideur. Un agent immobilier pensait qu’il lui manquait encore la peinture. Aucun magazine français ne l'a publiée.
SYMBOLIQUE: le Nouveau Riche doit avoir une collection d'art contemporain, une maison durable faite de matériaux sains, un garage pour au moins 4 voitures.
MORE MONEY: telle une oeuvre d'art, CASA26 sera vendue aux enchères en juin 2018.
 

Le pouvoir change de mains. La bourgeoisie, les gouvernements nationaux, la culture humaniste ont perdu la main face à des génies de la technologie et de la finance, à des méga corporations sans frontières qui créent et profitent de notre désir de satisfaction immédiate et de la culture pop.

Le Nouveau Riche est une métaphore de cet ordre nouveau. C'est une aventure, une histoire, un lieu, une exposition et une expérience qui sont devenus une œuvre d'art. Sa pièce centrale est CASA26 à Thonon, France, une villa sculpturale en acier, corps étranger parmi les villas bourgeoises du XIXème siècle des bords du lac. Elle a été construite sur un site romain ; elle a généré une relation admiration-rejet avec la population ; elle a été publiée dans le monde entier (sauf en France). C'est une aventure internationale depuis sa conception jusqu'à son exécution. Les travaux ont débuté le 7 mai 2008, dans la période euphorique d'avant la crise financière, et elle sera mise aux enchères internationales, comme on le fait d’une œuvre d’art, en juin 2018, 10 ans plus tard.

L'expérience proposée au visiteur est de prendre sa voiture ou son bateau pour aller visiter la maison / œuvre d'art, passer le portail et descendre l’allée qui y conduit, tel un invité de ce monde privilégié et dérangeant de l'architecture contemporaine les pieds dans l’eau, qui est en général inaccessible. Le rez-de-chaussée - espace public de la maison - est laissé tel quel, prêt à être habité, avec son mobilier, sa collection d'art sud-américain, son architecture à couper le souffle. La visite se poursuit au sous-sol, une enfilade de boîtes de béton qui accueillent l'exposition du Nouveau Riche, une quinzaine d'œuvres (photographies, vidéo), dont une installation racontant l'histoire de CASA26 dans son contexte historique.

MÉTAPHORE

Dans une société où le capitalisme est devenu une religion (Walter Benjamin), le pouvoir se mesure à l'argent et au spectacle qu’il offre. Traditionnellement, il était imposé au peuple par la force ou les lois : Dans le monde pré-humaniste, contre protection, le Seigneur contrôlait la vie de ses suzerains ; Au XVIIIème siècle, la société humaniste a mis en place un système de production, de création, la biopolitique.  C’est un système de pouvoir basé sur la discipline et le contrôle des corps qui fait que les gens produisent (Michel Foucault). C'est ainsi que depuis règnent la bourgeoisie et le capitalisme puis son antithèse idéalisée, le communisme. Ce système a vécu.

"Mais au lieu de basculer dans le communisme, le capitalisme industriel connaît aussi une mutation en néo-libéralisme et en capitalisme financier, avec un mode de production post-industriel, immatériel" (Byung-Chul Han Psychopolitik, Neoliberalismus und die neuen Machtechniken, 2014). "Aujourd’hui , nous croyons être non pas un sujet asservi, mais un libre projet qui se repense et se réinvente sans cesse". Mais "la liberté du pouvoir-faire engendre même davantage de contraintes que le devoir-faire disciplinaire ". Les gens deviennent de plus en plus leurs propres esclaves. Nous l'observons avec l'émergence des sociétés financières et technologiques (Google, Apple, Facebook, Amazon (GAFA), Uber, AirBnB, hedge funds, compagnies d'assurance, etc.); une grande partie de l'humanité choisit librement de les utiliser «gratuitement» et sans remarquer qu'elle leur donne un pouvoir énorme. Machiavel aurait donné sa bénédiction , “gouverner, c'est mettre vos sujets hors d'état de vous nuire et même d'y penser.”

Elles vont au-delà des frontières des États et des cultures. Elles ne paient pas d'impôts, circulent dans le monde entier. Elles ne sont pour la plupart pas réglementées, car aucune institution étatique n'est assez globale pour imposer des règles, certaines d'entre elles se sentent même assez fortes (après seulement quelques années de vie) pour délibérément enfreindre les lois existantes. Elles représentent un énorme pouvoir au point qu'elles peuvent avoir un impact sur les résultats électoraux dans l'état le plus puissant du monde, influencer la consommation individuelle (biens, culture ou sexe), l'humeur et les opinions. Leur effet disrupteur leur permet de transférer très rapidement d'énormes quantités d'argent des industries établies à elles-mêmes. Un jour, elles vont nous transporter dans des voitures sans conducteur et savoir où nous sommes, où nous allons, comment et dans quel but.

Le pouvoir le plus dominant aujourd'hui est détenu par ces entreprises privées auxquelles la population charmée se soumet librement et qui contournent les États. "Mais la cause de la libéralité, la liberté, est trop importante pour être laissée aux libéraux" (Peter Sloterdijk, Stress und Freiheit, 2011)

Qui exerce le pouvoir? RIP Bourgeoisie et Aristocratie ; La société néolibérale crée une nouvelle méritocratie. Elle laisse loin derrière le traditionnel bourgeois.

La vitesse et la concentration de la création de richesses sont sans précédent. Le classement des milliardaires de Forbes 2017 montre que la moitié des 50 individus les plus riches n'étaient pas dans les cartes il y a 30 ans. Certains étaient encore des bébés. Ils ne viennent pas de familles puissantes. Ils n’ont même pas eu besoin de terminer leurs études. Une idée puissamment séduisante et des compétences d'exécution dirigées vers un marché avec des milliards d'utilisateurs leur ont suffi pour franchir de nouveaux sommets.

Les pouvoirs établis sont dépassés dans ce nouveau monde globalisé. «  Il apparaitra que les nations se révèlent incapables de tenir leur rang face au marché. Parce que les nations seront incapables d’organiser un vrai pouvoir mondial en se le partageant. Parce que les grandes entreprises mondiales prendront bientôt le pouvoir et que le monde deviendra de plus en plus nomade. Les individus eux-mêmes auront de moins en moins de loyauté envers les nations.» (Entretien avec Jacques Attali, 2015, exposition« Une brève histoire de l'avenir », Musées Royaux des Beaux-Arts, Belgique.)

Le Nouveau Riche, avec son nouveau pouvoir, imite dans une certaine mesure le comportement de l'ancien. Mais l'imitation n’est que superficielle, comme prendre un rôle dans un film hollywoodien. Le Nouveau Riche ne porte pas de costume sur mesure; il n'est pas conduit dans une Rolls Royce et ne passe pas ses week-end là a chasse à courre. Il ne se réfère pas aux classiques de la littérature ni à la culture humaniste traditionnelle.

CASA26 est une métaphore de la césure entre l’ancien pouvoir et Le Nouveau Riche. Tout d'abord, parce qu’elle est située en France, berceau de l'humanisme, noyau dur de la société bourgeoise classique. Elle est construite sur les rives du lac Léman, où JJ Rousseau rêvait en se promenant. CASA26 est construite entre la villa d'été des Dupont d'Isigny qui tombe en ruines et la villa d'une ancienne dynastie de soyeux lyonnais, meilleurs amis de la famille Lumière. Dans cette série de grandes demeures classiques a été plantée une grande sculpture d’acier, qui fut d'abord complètement noire et ressemblait à un énorme char d’assaut ou à navire de la marine envahissant les rivages et détruisant le paysage idyllique. Elle intrigue et attire les regards.

Cette invasion utilise et réinterprète pourtant les codes des grandes demeures françaises classiques (Grandes pièces, boiseries, patine, gravier, étang des nénuphars). L’ancienneté, le vieillissement, qui dans le système bourgeois traditionnel en fin de compte confèrent une légitimité au statut social, ont été accélérés par le choix des matériaux. Au XXIème siècle, il n'y a pas de temps pour attendre que passe le temps.

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